OMBRE
JAPONAISE
Troisième tome de
la trilogie japonaise
Intramuros
- Tokyo des ténèbres - Ombre
japonaise
EXTRAIT
LES PREMIERES LIGNES…
“Je crois que je suis resté
un moment sans comprendre, sans réaliser vraiment ce qui
se passait, ce que je faisais ainsi, agenouillé sous la
table.
Le monde avait explosé. Des cadavres jonchaient le sol,
les cloisons étaient éventrées, les miroirs
brisés. Le corps de mon frère avait glissé
à terre, le dos transpercé d’éclats
de verre. Mort. Pendant un instant, je crus que moi aussi…
Tout ce sang sur moi, le regard fixe de Marc. C’était
peut-être ça la mort ? Aucun son. L’impression
d’être immergé au fond d’une piscine
sans eau, juste emplie de fumées et de flammes. Sans un
bruit. Une quinte de toux me déchira la poitrine, une douleur
aiguë dans les tympans.
Le feu rongeait les tables et les chaises, les boiseries et les
tentures du restaurant. Bientôt, il serait sur moi. Tout
près, le corps d’un homme qui remue faiblement. Une
de ses jambes forme un angle impossible. Sa bouche s’ouvre,
mais je n’entends toujours rien. Il retombe et, en cet instant
précis, je sais qu’il est mort et que je suis vivant.
Suis-je le seul survivant ? Je tourne lentement la tête.
La lumière du jour paraît lointaine, si lointaine,
l’impression d’être au bout d’un tunnel,
alors que je le sais, quelques mètres à peine me
séparent de la rue.
À contre-jour, deux silhouettes bougent là-bas.
Irréelles.
La femme, une blonde, porte une robe claire serrée à
la taille. La lumière du jour traverse le tissu, soulignant
les courbes de son corps, ses cheveux défaits flottent
sur ses épaules et autour d’elle, joyeusement, un
enfant fait la ronde. L’impression d’irréalité
s’accentue encore. Et toujours cette absence de bruit. Les
flammes toutes proches. La chaleur insupportable, l’air
manque. Sortir.
Je marche, enfin je crois que je marche, mais je m’aperçois
que je suis toujours agenouillé. Je me sens lourd, si lourd.
Il faut que j’aide ces deux-là. Ensuite, je reviendrai
chercher mon frère.
Mon regard se tourne à nouveau vers la porte, l’enfant
sautille toujours, il a attrapé la main de la jeune femme
et la force à danser avec lui. Elle se laisse faire, ses
bras et ses jambes remuant comme ceux d’un pantin. Malgré
le feu, les morts, ou peut-être à cause de cela,
ils sont beaux. Je pense à la photo que je pourrais faire
et que je ne ferais pas. ”
L'HISTOIRE
Dans
ce nouvel opus japonais, Viviane Moore nous plonge avec
violence et sensualité dans le brouillard d'un univers
oppressant et urbain à l'excès.
Une silhouette tatouée tel un yakusa, fuyant son
passé, sème la mort et la terreur à
Tokyo. Ombre japonaise, cachée derrière le
paravent d'un maître tatoueur ou dans le dédale
des rues, cette femme n'en finit pas de réclamer
justice. Un polar rouge sang, noir comme l'encre d'un tatouage,
lumineux comme une estampe...
Editions
Elytis
Réédition parue en mai 2008 aux éditions
Elytis
Format 115 x 150 mm
Broché, 304 pages
ISBN 978-2-356390-042
13,90€ |
Flammarion
Collection "Noir"
237 pages
18 euros
Parution : 2003
|
Retour
à l'accueil
|
|